Par Vincent Dulom
Ce livre est un témoignage de peintre. Mes réflexions trouvent leur origine dans la pratique de la peinture et celle du regard. Les deux bougent sans arrêt, sans certitudes. À la relecture, je mesure ce qui sépare les deux corpus d’articles qui le composent. Écrits à près de vingt ans d’écart, leurs différences reflètent l’évolution de ma pensée. Souhaitant en préserver les mouvements, je n’ai touché au texte que pour homogénéiser la forme de l’ensemble. J’ai supprimé quelques sous-titres et limité, dans les premiers (écrits entre 2005 et 2007), l’utilisation de l’italique.
Romainville, le 5 août 2025
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Par Vincent Dulom
La pensée d’un plat se trouve dans l’assiette. Pour la rencontrer, il faut s’attabler et le goûter. Nulle autre connaissance n’en permet la découverte. Pas même les mots du chef. La peinture, comme la cuisine, assemble des matières pour un face‑à‑face, un corps en regard.
La quête de sens et la recherche de l’entendement justifient nombre d’essais sur la peinture. La plupart pourraient se contenter — comme s’il s’agissait d’images — de cartes postales pour l’étudier. La peinture n’est pourtant pas affaire d’image. L’image relève de la compréhension, la peinture non. Immanente à la matière, elle n’a pas ou n’est pas à voir avec la raison. Sa pensée propre se forme loin des sujets qu’elle concourt à mettre à jour dans les compositions qu’elle produit. Elle se vit, inimaginable, hors de l’image.
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Par Vincent Dulom
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La Peinture n’attend pas de mots. Elle attend un regard. Elle, qui peut toucher le regard, attend un regard qui la touche. Le regard qui la sert se confond avec celui qui la touche. Il est la place du vide, de l’ouverture à l’inconnu et du sans savoir. C’est tellement complexe le regard qu’il ne s’encombre pas de ce qui lui est extérieur. Pour absorber ce qui lui est extérieur la peinture a recours à l’image. Le regard qui rencontre l’image dans la peinture s’en défait. Il la laisse à la pensée verbalisable et se concentre sur ce qu’il est : un lieu ouvert du corps pour faire corps avec les autres et le monde. La peinture touche la personne qui la regarde pour lui donner à vivre, dans la contemplation, le monde et la vie. Si intelligentes soient les images qu’elle incorpore, la peinture ne vaut que parce qu’elle les déborde et nous touche. C’est la raison même de mon travail. Ce qui le justifie.
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Vincent Dulom
Faites-vous usage du numérique dans le processus de création de vos oeuvres ?
J’emploie un ordinateur, un logiciel de traitement d’image, une imprimante, un support imprimable, l’architecture et la lumière du lieu qui la reçoit, pour une peinture, pour autant « l’usage du numérique » n’a pas grand-chose à voir avec le « processus de création » en peinture. Le processus de création n’a que faire du « numérique », il n’exige que le temps.
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par Vincent Dulom
Au mur de la salle d’exposition, tendues aux quatre coins par un clou, les feuilles cambrent leurs bords. Elles n’offrent pas la surface calme du plan. Leurs arêtes marquent nerveusement les arcs en stigmates de leur origine et de leur transport. Elles ont été roulées. C’est leur première spécificité. Claire Chesnier peint ses grandes peintures sur des feuilles qui lui opposent un corps en tension.
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Par Vincent Dulom
(Ce texte de 2002 préfigure le texte propos entrecoupé sur la peinture)
la peinture est liée à la vision,
avant les mots, au regard.
on voit,
comme on dit avoir des visions
comme on se regarde,
comme une façon de voir le monde.
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Par Vincent Dulom
/ La peinture qui nous regarde nous aime
/ qui aime nous illumine
/ la vision est au centre du regard.
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L’homme se dresse. Lentement. Le soleil au plus haut touche sa tête, le prévient de l’autre. L’homme se couche. La nuit l’enveloppe, lui dissimule l’autre et le lui fait craindre. La nuit appartient à l’autre que je ne vois pas et qui peut être là comme le jour appartient à l’homme qui se souvient de l’autre et qui le cherche. L’homme peint l’autre. Il représente ce qui l’entoure, le proche — le groupe, le danger, la grossesse — et l’au delà — les quatre éléments, le jour, la nuit, le ciel et le temps. La peinture, dés l’origine, contient cela. Elle tire du ciel et du temps, du passage du jour à la nuit, l’origine des formes, capable de faire naître la lumière de l’ombre, la vie du vide et la présence de l’absence. La peinture c’est l’origine de l’autre, le temps avant le emps et l’invisible visible.
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