{"id":462,"date":"2023-06-24T21:40:00","date_gmt":"2023-06-24T20:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/?p=462"},"modified":"2026-07-24T18:11:22","modified_gmt":"2026-07-24T17:11:22","slug":"pour-le-dire-a-vincent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/textes\/462","title":{"rendered":"Pour le dire \u00e0 Vincent"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par Franck Mas<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sais pas&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il (me) semble&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La peinture de Vincent Dulom ne r\u00e9pond \u00e0 aucune question, mais les anticipe toutes. Il est aussi probable qu\u2019elle les refuse. Non pas qu\u2019elle (en) soit ill\u00e9gitime, mais parce qu\u2019aucune explication, aucun syst\u00e8me de pens\u00e9e n\u2019est capable de r\u00e9pondre \u00e0 ce qu\u2019elle diffuse. Elle \u00e9chappe au raisonnement de la m\u00eame mani\u00e8re que les math\u00e9matiques sont dans l\u2019incapacit\u00e9 de traduire ou de mettre en \u00e9quation la beaut\u00e9 d\u2019un po\u00e8me.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u2019il s\u2019agit de peinture, le geste de Vincent Dulom \u00e9chappe au filtre traditionnel de l\u2019image, duquel d\u00e9coule la m\u00e9canique de la dialectique. Ces peintures ne nous l\u2019interdisent pas, nous comprenons seulement, au fur et \u00e0 mesure que nous les observons, qu\u2019ici, les automatismes sociologiques de l\u2019analyse, du r\u00e9f\u00e9rencement ou de la critique sont inutiles, parce que vains. Vain, parce que le langage dans son processus lacunaire de traduction de la sensation, est inapte \u00e0 circonscrire les variabilit\u00e9s color\u00e9es de ses toiles, auxquelles s\u2019entrem\u00eale la multitude de nos \u00e9tonnements \u00e0 ne pouvoir saisir ou fixer ce que nous percevons. Vain \u00e9galement, parce que nous perdrions sans doute quelque chose de l\u2019intime et du fragile attachement qui \u00e9mane de chaque \u0153uvre, lorsque nous comprenons et acceptons le temps de regard et d\u2019\u00e9coute qu\u2019elles induisent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La peinture de Vincent Dulom n\u2019emprunte, ni n\u2019appelle le canal du cortex c\u00e9r\u00e9bral pour exister, \u00eatre valid\u00e9e, appr\u00e9ci\u00e9e ou reconnue. Elle est tout enti\u00e8rement tourn\u00e9e et vou\u00e9e \u00e0 l\u2019innocence de l\u2019\u0153il. Ce globe oculaire pleinement concentr\u00e9 sur l\u2019instant de la peinture. Il est \u00e9trange de parler d\u2019instant lorsqu\u2019on l\u2019\u00e9voque, alors m\u00eame que l\u2019ass\u00e8chement pigmentaire par laquelle elle se construit n\u2019existe que pour la faire perdurer. Voir les \u0153uvres de Vincent, c\u2019est observer combien ce que nous connaissons de la peinture encombre notre champ visuel. C\u2019est aussi s\u2019\u00e9tonner d\u2019\u00e9prouver la couleur, alors m\u00eame qu\u2019elle convoque l\u2019observation. Henry Meschonnic dans un essai consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9thique et l\u2019esth\u00e9tique de la traduction des textes bibliques, parle de \u00ab Taamim \u00bb, notion h\u00e9bra\u00efque par laquelle se d\u00e9signent la saveur et le go\u00fbt provoqu\u00e9 par la prononciation de mots. Nulle synesth\u00e9sie, sinon le plaisir et la joie de prononcer et d\u2019articuler le monde. Les couleurs de Vincent jaillissent de cette source-l\u00e0. Ce bleu est l\u2019origine des bleus. Ce rouge est excav\u00e9 des archives du temps, d\u2019avant ses transformations par l\u2019histoire. Ce violet fantomatiquement orange et brun est un lieu o\u00f9 l\u2019impossible trouve une r\u00e9alit\u00e9 et sa corporalit\u00e9 dans un battement de cil. Vincent p\u00e8le les couleurs de leurs vernis d\u2019histoire, les d\u00e9poussi\u00e8re de leur h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, les d\u00e9barrasse de leur manteau de patrimoine, pour qu\u2019elles renouent avec leurs premi\u00e8res respirations et retrouvent la volatilit\u00e9 d\u2019un pollen.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les couleurs se go\u00fbtent dans l\u2019insaisissabilit\u00e9 a\u00e9rienne de leurs perceptions. Cet orang\u00e9 se succ\u00e8de \u00e0 lui- m\u00eame, quand ce pourpre n\u2019est que le d\u00e9but de son propre infini. Vincent a compris que la peinture s\u2019\u00e9prouve lorsqu\u2019elle se soustrait de l\u2019image, donc de la narration, et lorsqu\u2019\u00e9galement elle se fait synchronie chromatique de notre propre pulsation. Notre regard pourrait se superposer au souvenir que nous avons de l\u2019\u0153uvre, au moment o\u00f9 nous la percevons de nouveau, nous invitant plus \u00e0 la reconnaitre qu\u2019\u00e0 l\u2019observer, mais l\u2019instant pr\u00e9vaut toujours sur l\u2019exp\u00e9rience. Si le souvenir fige et ignore le d\u00e9veloppement d\u2019une dur\u00e9e pass\u00e9e, la pr\u00e9sence de la peinture en est l\u2019antidote, elle est un perp\u00e9tuel et insaisissable commencement. Bien qu\u2019achev\u00e9e, la peinture de Vincent se perp\u00e9tue et s\u2019engendre d\u2019elle-m\u00eame, elle est l\u2019inverse de la projection, elle est la source et l\u2019avenir de secrets qu\u2019elle ignore d\u00e9tenir. Elle est \u00e0 l\u2019\u00e9tat de potentiel. Alors notre \u0153il lui permet de vivre sa vie de peinture, c\u2019est-\u00e0-dire de vivre ce qui lui \u00e9chappe. Et chaque variation de lumi\u00e8re, chaque variation de temp\u00e9rature, chaque petit grain d\u2019entropie la fait vibrer d\u2019une lueur qu\u2019elle ignorait contenir. Les peintures de Vincent ne se souviennent jamais d\u2019elles-m\u00eames, elles deviennent et acceptent de devenir ce que le regard fait naitre \u00e0 l\u2019instant. Elles ne r\u00e9sistent pas, elles sont la disponibilit\u00e9 de leur propre insoup\u00e7onnable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces fondements de la peinture connus d\u2019un Fra Angelico, d\u2019un Rubens, ou d\u2019un Rothko se nourrissent aussi d\u2019une profonde connaissance du support, du format et de l\u2019\u00e9nigme du mur. Si Vincent aura su trouver dans la ductilit\u00e9 d\u2019une feuille de papier-coton le velout\u00e9 que son mauve appelle de toutes ses nuances, il aura \u00e9galement compris qu\u2019il devait permettre au mur d\u2019oublier sa passivit\u00e9, pour se fier \u00e0 la peinture et trouver dans leur nouvelle mutualit\u00e9 la possibilit\u00e9 de s\u2018extraire de la paresse \u00e0 laquelle on le voue. Ainsi le mur d\u00e9li\u00e9 de son atonie, pr\u00e9face d\u00e9j\u00e0 la peinture. Au caract\u00e8re intrusif de l\u2019accroche par pendaison d\u2019une toile, se substitue maintenant la pose d\u2019une feuille \u00e0 peine courb\u00e9e par sa propre fragilit\u00e9, et maintenue dans son inclinaison \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de trois petits traits de m\u00e9tal semblant avoir \u00e9t\u00e9 trac\u00e9s \u00e0 main lev\u00e9e. Ou lorsqu\u2019encore cette peinture pos\u00e9e sur sa tranche sur une fine lame de bois, se dresse seule, debout, sans autre aide que sa propre courbure, d\u00e9couvrant qu\u2019elle avait aussi la tenue de la tige, s\u2019\u00e9mancipe du mur pour trouver dans le grain de sa surface la texture de l\u2019ombre par laquelle elle existe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces gestes qui sont \u00e0 la lis\u00e8re de l\u2019agir, dans une quasi-imperceptibilit\u00e9, sont du m\u00eame esprit que la peinture de Vincent, ils sont du registre de la r\u00e9serve. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse de la d\u00e9monstration, ils ne sont que patience et assentiment. Et c\u2019est d\u00e8s les premiers mouvements du regard, dans le lent et progressif d\u00e9placement de notre \u0153il vers ce qui fait couleur, qu\u2019\u00e0 son tour, lentement, le temps recouvre la dimension \u00e0 laquelle le quotidien le soustrait. Alors sans que nous le comprenions vraiment, nous d\u00e9couvrons que ce n\u2019est pas nous qui faisons la toile, mais c\u2019est elle qui nous fait de nouveau exister, et qui par son silence nous rappelle notre pr\u00e9sence au monde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 la connaissance et \u00e0 l\u2019articulation de chacune de ses intuitions que se lit l\u2019amour de Vincent pour la peinture. Il en connait les infimes d\u00e9licatesses, et chacune de ses vertus. Mais c\u2019est n\u2019est pas de nous que viendront les remerciements, c\u2019est d\u2019elle, la peinture, c\u2019est elle qui le remercie. Elle a eu un jour cette chance de l\u2019avoir rencontr\u00e9 et d\u2019avoir su que c\u2019est par lui qu\u2019elle pouvait \u00eatre enfin ce qui ne lui aura \u00e9t\u00e9 que si peu permis. Ainsi la peinture aura trouv\u00e9 en Vincent un peu plus qu\u2019un peintre, un peu plus qu\u2019un complice, un peu plus qu\u2019un garant ou qu\u2019un disciple, la peinture aura enfin trouv\u00e9 en Vincent un jardin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Paris, juin 2023<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014<br><br>Franck Mas,\u00a0 n\u00e9 en 1971,\u00a0 est architecte d\u2019int\u00e9rieur de formation, dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019Ecole Nationale Sup\u00e9rieure des Arts Appliqu\u00e9s et des M\u00e9tiers d\u2019Arts de Paris. Il a \u00e9galement suivit un enseignement en histoire de l\u2019art contemporain \u00e0 l\u2019Ecole nationale des Arts D\u00e9coratifs et une formation de philosophie \u00e0 la facult\u00e9 de Tolbiac. Il est plasticien, auteur, metteur en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographe. Il m\u00e8ne depuis 2013 une recherche fondamentale sur les modalit\u00e9s plastiques d\u2019interpr\u00e9tation des textes dramatiques intitul\u00e9e \u00abLe degr\u00e9 z\u00e9ro du th\u00e9\u00e2tre\u00bb qui interroge notamment sa propre dur\u00e9e de vie comme unit\u00e9 de mesure de ses recherches.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Franck-Mas-pourledireavincent.pdf\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Franck-Mas-pourledireavincent.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Franck Mas<\/p>\n<p>[\u2026]<br \/>\nLa peinture de Vincent Dulom ne r\u00e9pond \u00e0 aucune question, mais les anticipe toutes. Il est aussi probable qu\u2019elle les refuse. 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