{"id":450,"date":"2016-06-24T21:40:00","date_gmt":"2016-06-24T20:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/?p=450"},"modified":"2026-06-29T15:51:24","modified_gmt":"2026-06-29T14:51:24","slug":"vincent-dulom-la-claire-voie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/textes\/450","title":{"rendered":"Vincent Dulom, La claire-voie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par C\u00e9cile Gremillet<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La claire-voie appelle un jour irradiant, le passage d\u2019un rayon entre des corps obscurs. Elle existe par et pour la lumi\u00e8re. L\u2019acception architecturale du mot \u00e9voque un garde-corps compos\u00e9 de barreaux espac\u00e9s. Si la claire-voie est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re, elle l\u2019est tout autant au lieu qui l\u2019accueille. Dans l\u2019architecture sacr\u00e9e, elle d\u00e9finit une suite de fen\u00eatres \u00e9clairant le triforium. Cette ouverture, au plus pr\u00e8s des vo\u00fbtes, signe justement, par sa position dans l\u2019\u00e9difice, toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la finitude du volume architectural.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son rapport \u00e0 l\u2019espace, la claire-voie \u00e9voque un dialogue entre ext\u00e9rieur et int\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019instar des peintures de la s\u00e9rie&nbsp;<em>Jour<\/em>&nbsp;de Vincent Dulom. En cr\u00e9ant une fen\u00eatre sur un autre espace, l\u2019artiste parvient \u00e0 faire entrer un fragment de lumi\u00e8re dans un corps fait de papier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le \u00ab&nbsp;<em>jour<\/em>&nbsp;\u00bb se lit tout d\u2019abord, comme unit\u00e9 temporelle, celle qui d\u00e9finit l\u2019unit\u00e9 de vie de l\u2019\u00eatre humain, m\u00fb par les mouvements des plan\u00e8tes. Le mot est \u00e9galement associ\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de lumi\u00e8re, en ce qu\u2019il symbolise la clart\u00e9 qui p\u00e9n\u00e8tre et se r\u00e9pand sur un espace, autant que l\u2019ouverture qui, dans un espace plein, laisse passer la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les peintures de Vincent Dulom se comprennent elles aussi \u00e0 travers les notions respectives que sont la lumi\u00e8re et la dur\u00e9e. \u00ab&nbsp;<em>La lumi\u00e8re est la source de tous les effets<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<sup>1<\/sup>, mais c\u2019est dans le temps que se construit le regard, ici directement confront\u00e9 \u00e0 la surface. Le regardeur est dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019appr\u00e9hender la forme. Insaisissable, celle-ci s\u2019efface ou s\u2019assombrit en fonction de la dur\u00e9e d\u2019observation et de la position du corps face \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u0153uvre \u00e9volutive proc\u00e8de d\u2019un double mouvement : le mouvement du regard sur la surface et le mouvement du visiteur dans l\u2019environnement. En interrogeant mouvement et fixit\u00e9, Vincent Dulom r\u00e9v\u00e8le l\u2019\u00e9chelle profond\u00e9ment humaine de son travail dans lequel \u00ab<em>&nbsp;la finitude du format re\u00e7oit l\u2019infinitude de la peinture<\/em>&nbsp;\u00bb.<sup>&nbsp;2<\/sup>&nbsp;Bien que la feuille soit marqu\u00e9e de bords, l\u2019autonomie de la peinture est pr\u00e9serv\u00e9e par l\u2019\u00e9quilibre entre geste, surface et couleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A contrario, sur les toiles grand format, la peinture touche \u00e0 l\u2019absence de limites, en repoussant les limites structurelles du support. La couleur construit un voile d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9 dans un rapport \u00e9th\u00e9r\u00e9 \u00e0 la surface. Vincent Dulom ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 la couleur, mais \u00e0 l\u2019autonomie de la couleur. Les multiples variations chromatiques engagent un mouvement, et plus largement, engagent l\u2019homme dans sa condition. Parce qu\u2019elle oblige \u00e0 l\u2019inconnu, la peinture est un acte de vie. Le peintre est un passeur, qui invente une forme qui perdure et qui s\u2019inscrit dans le temps par l\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est illusoire \u00ab&nbsp;<em>de croire que la toile est une surface blanche [&#8230;] [comme] le papier. Une toile, ce n\u2019est pas une surface blanche [&#8230;]. Avant [que] [les peintres] ne commencent, la toile, elle est d\u00e9j\u00e0 remplie [&#8230;]. Elle est pleine de quoi ? Elle est pleine du pire. [&#8230;] Le probl\u00e8me [&#8230;] va \u00eatre d\u2019\u00f4ter, d\u2019\u00f4ter ces choses vraiment, ces choses invisibles pourtant, et qui ont d\u00e9j\u00e0 pris la toile [&#8230;]. Si bien que dans l\u2019acte de peindre, il y aura comme dans l\u2019acte d\u2019\u00e9crire [&#8230;] une s\u00e9rie de soustractions, de gommages. La n\u00e9cessit\u00e9 de nettoyer la toile.<\/em>\u00bb<sup>3<\/sup>&nbsp;L\u2019\u00e9conomie de moyens, revendiqu\u00e9e par Vincent Dulom, rassemble les qualit\u00e9s fondamentales de la peinture : le rythme, la composition et la tactilit\u00e9. C\u2019est justement parce qu\u2019il \u00ab&nbsp;<em>s\u2019inscrit dans la situation d\u2019une cr\u00e9ation au monde, d\u2019un commencement au monde<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>, que son \u0153uvre atteint l\u2019essence de la peinture sans quitter la sensation.<sup>5<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 DANDRE-BARDON, Michel-Fran\u00e7ois,&nbsp;<em>Trait\u00e9 de peinture, suivi d\u2019un essai sur la sculpture<\/em>, Editeur Desaint, 1765, Biblioth\u00e8que municipale de Lyon, num\u00e9ris\u00e9 le 21 avril 2010.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 Notes issues de l\u2019entretien du jeudi 12 mai 2016 avec Vincent Dulom [studio de l\u2019artiste].&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3-4 DELEUZE, Gilles, \u00ab&nbsp;<em>Peinture&nbsp;<\/em>\u00bb, cours du 7 avril 1981, transcription : V\u00e9ronique Boudon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 MERLEAU-PONTY, Maurice, \u00ab&nbsp;<em>Le doute de C\u00e9zanne<\/em>&nbsp;\u00bb, in S<em>ens et non-sens<\/em>, Paris :&nbsp; Les \u00c9ditions Nagel, Collection : Pens\u00e9es, 1966, 5<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;\u00e9dition, 333 pages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Paris, juin 2016<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Pr\u00e9sentation de\u00a0<em>la claire-voie<\/em>,\u00a0<br>H\u00f4tel de l\u2019Industrie, 2016. Sobering Galerie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u00e9cile Gremillet est historienne de l\u2019art et curatrice pour la Sobering Galerie.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par C\u00e9cile Gremillet La claire-voie appelle un jour irradiant, le passage d\u2019un rayon entre des corps obscurs. Elle existe par et pour la lumi\u00e8re. L\u2019acception architecturale du mot \u00e9voque un garde-corps compos\u00e9 de barreaux espac\u00e9s. Si la claire-voie est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re, elle l\u2019est tout autant au lieu qui l\u2019accueille. 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