{"id":448,"date":"2008-06-24T21:40:00","date_gmt":"2008-06-24T20:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/?p=448"},"modified":"2026-06-29T15:51:38","modified_gmt":"2026-06-29T14:51:38","slug":"espace-dombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/textes\/448","title":{"rendered":"Espac\u00e9 d\u2019ombre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par <em>Evelyne Bennati<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 une v\u00e9ritable \u00e9piphanie que nous convie l\u2019artiste Vincent Dulom&nbsp;: la lumi\u00e8re comme manifestation du corps. Corps terrestre et c\u00e9leste \u00e0 la fois, pr\u00e9sent et absent, ses peintures, par une utilisation subtile de l\u2019ordinateur, fusionnent lumi\u00e8re et ombre en un halo diffusant une \u00e9nergie intense et douce annonciatrice de la disparition.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur une feuille de papier ou une toile blanche immacul\u00e9e, qui semble flotter, seulement retenue au mur par deux minuscules \u00e9pingles ou un fil invisible, un disque de couleur, ou plut\u00f4t de lumi\u00e8re color\u00e9e, tant elle irradie, vibre sous nos yeux, semble se dilater et se r\u00e9tracter jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre, en fonction de la dur\u00e9e de fixation du regard. L\u2019on ne cille pas face \u00e0 cette luminosit\u00e9 car une ombre en son c\u0153ur en assourdit l\u2019\u00e9clat sans la ternir&nbsp;: paradoxalement, l\u2019\u00e9nergie lumineuse para\u00eet en sourdre. Cette ombre est aussi couleur, \u00e0 la fois dense et insaisissable, ombre de la peinture elle-m\u00eame peut-\u00eatre, avers et envers confondus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parfaitement centr\u00e9 sur le support, le disque rayonne sans que ses bords ne soient discernables, la couleur allant s\u2019att\u00e9nuant en d\u00e9grad\u00e9s subtils continus. La lente respiration de la couleur flottant \u00e0 la surface conduit au silence, \u00e0 la m\u00e9ditation. On pense bien s\u00fbr \u00e0 Rothko, mais Vincent Dulom pour sa part oeuvre \u00e0 s\u2019affranchir des limites de la peinture, en tendant \u00e0 supprimer ce qui la constitue : son travail sur ordinateur efface le geste du peintre et supprime la mati\u00e8re. Il apporte possibilit\u00e9s infinies et pr\u00e9cision.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les pi\u00e8ces elles-m\u00eames, sur papier, toile ou porcelaine, la mati\u00e8re, obtenue par impression num\u00e9rique jet d\u2019encre en un seul passage et dans un nuancier d\u2019une grande subtilit\u00e9, se fait extr\u00eamement t\u00e9nue. La d\u00e9pose sur une texture tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re, d\u00e9gag\u00e9e de tout encadrement pour les \u0153uvres murales, fait m\u00eame dispara\u00eetre le fond et la luminosit\u00e9 des supports \u2013 finesse et qualit\u00e9 du blanc \u2013 concourt \u00e0 son abolition. Aucune \u00e9paisseur, aucune remont\u00e9e de peinture, de superposition &#8211; l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re semble flotter dans l\u2019espace &#8211; et pourtant la densit\u00e9 est l\u00e0, visible mais impalpable, dans l\u2019immanence de la lumi\u00e8re ombr\u00e9e. L\u2019\u00e9pure pour laisser advenir l\u2019absolu de la peinture, car si l\u2019artiste se lib\u00e8re de ses attendus, il manie l\u2019ordinateur pour atteindre un au-del\u00e0, ni ici ni utopie, qui demeure pictural.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On a pu voir l\u2019artiste d\u00e9tacher une \u0153uvre petit format et la pencher l\u00e9g\u00e8rement en tous sens&nbsp;: le disque de couleur devient mouvant et semble glisser \u00e0 la surface du papier comme de la lumi\u00e8re sur l\u2019eau, r\u00e9v\u00e9lant ce lieu improbable et le rendant perceptible.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vincent Dulom porte une attention particuli\u00e8re aux supports&nbsp;et \u00e0 l\u2019espace, \u00e0 la r\u00e9sonance des \u0153uvres dans le lieu d\u2019exposition. \u00c0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et \u00e0 la finesse du papier, de la toile ou des disques en porcelaine pr\u00e9sent\u00e9s, qui les rendent a\u00e9riens, presque diaphanes, r\u00e9pond le&nbsp;renvoi subtil des \u0153uvres entre elles, par leurs dimensions, leur positionnement ou leur nombre, comme une m\u00e9lodie ; en l\u00e9vitation pr\u00e8s du mur pour les papiers ou suspendus dans les airs pour les lenticulaires, petits disques de papier fr\u00e9missant, au passage des visiteurs, au-dessus de cercles blancs pos\u00e9s au sol.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux grandes toiles expos\u00e9es, au m\u00eame emplacement \u00e0 chaque niveau de la galerie, ont leurs coins roul\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, en un mouvement souple et \u00e9l\u00e9gant qui \u00e9voque un parchemin. Mais un parchemin intemporel, d\u2019une blancheur intouch\u00e9e o\u00f9 infuse en son centre un disque mouvant de couleur, comme inscription unique d\u2019une vie sur la toile, d\u2019une vie dans le cosmos. Car tout ce que le cercle \u00e9voque, les plan\u00e8tes, l\u2019univers, la f\u00e9condit\u00e9 et les cellules, mais aussi l\u2019\u0153il, le regard f\u00e9cond\u00e9 et f\u00e9condant, tout cela \u00e0 la fois l\u2019\u0153uvre de Vincent Dulom l\u2019\u00e9veille et le suscite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9sence marquante du blanc dans l\u2019ensemble de l\u2019exposition ne rappelle en rien le neutre impersonnel du \u00ab&nbsp;White cube&nbsp;\u00bb&nbsp;; il est laiteux (pour les porcelaines), immacul\u00e9, lumineux, habit\u00e9. Irradi\u00e9 par les disques de lumi\u00e8re ombr\u00e9e, il d\u00e9tache l\u2019espace de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 et \u00e9tire le temps jusqu\u2019\u00e0 un suspens atemporel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paradoxalement, mais l\u00e0 r\u00e9side l\u2019\u00e9piphanie, les \u0153uvres, dont les disques de couleur \u00e9voquent perfection et totalit\u00e9, contiennent le signe de la fin, par la pr\u00e9sence intrins\u00e8que de l\u2019ombre. Plus qu\u2019une illusoire \u00e9ternit\u00e9, se manifeste la lucidit\u00e9, comme une \u00e9toile dont le rayonnement qui la fait exister porte aussi en elle sa propre disparition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em><a href=\"http:\/\/www.paris-art.com\/\">www.paris-art.com<\/a>, novembre 2008<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9velyne Bennati est critique d\u2019art et \u00e9crivaine. Elle \u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement pour Paris-art et&nbsp;<a href=\"http:\/\/theatre-contemporain.net\/\">theatre-contemporain.net<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Evelyne Bennati C\u2019est \u00e0 une v\u00e9ritable \u00e9piphanie que nous convie l\u2019artiste Vincent Dulom&nbsp;: la lumi\u00e8re comme manifestation du corps. 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