{"id":443,"date":"2008-06-24T21:40:00","date_gmt":"2008-06-24T20:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/?p=443"},"modified":"2026-06-29T15:51:09","modified_gmt":"2026-06-29T14:51:09","slug":"vincent-dulom-et-la-peinture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/textes\/443","title":{"rendered":"Vincent Dulom et la peinture"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par <em>St\u00e9phane Lecomte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Je ne pratique pas la peinture. Je la d\u00e9sire.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Vincent Dulom, 2006<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout d\u2019abord, il y a l\u2019univers, longtemps apr\u00e8s il y a l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tel ce voyageur contemplant une mer de nuage, je reste muet face \u00e0 la peinture de Vincent Dulom. Je reste devant, et je regarde. Silence. \u00c7a bouge, la peinture bouge. Moi qui la voyais bleue, elle devient grise, et aurait tendance \u00e0 s\u2019effacer, \u00e0 se confondre avec le fond blanc de la toile. C\u2019est fait, elle a disparu. Puis revient une ombre. Le temps d\u2019un moment, j\u2019ai cru l\u2019avoir perdue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les amateurs d\u2019art imm\u00e9diat, exhibitionniste, clinquant, o\u00f9 tout est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u00e8s l\u2019accrochage ne sont pas g\u00e2t\u00e9s \u00e0 la galerie Nivet-Carzon. Pas \u00e0 la mode Vincent Dulom. Ici, le spectateur est convoqu\u00e9 pour une exp\u00e9rience dans la peinture. Je ne dirais pas qu\u2019il est d\u00e9sormais au centre d\u2019elle comme les Futuristes pouvaient l\u2019affirmer \u00e0 leur \u00e9poque, car les revendications du peintre fran\u00e7ais sont totalement diff\u00e9rentes. Mais tout de m\u00eame. Regardons un peu. Qui fait la peinture d\u00e9sormais ? Qui la vit ? C\u2019est bien ce spectateur que je suis, que vous \u00eates. L\u2019exp\u00e9rience n\u2019est donc pas de l\u2019ordre de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, mais bien plus de l\u2019ordre de la dur\u00e9e. Et c\u2019est celle-ci qui fait l\u2019\u0153uvre, une \u0153uvre singuli\u00e8re aux r\u00e9sonances mystiques. Attendre pour contempler. Attendre pour voir un mouvement. Attendre pour voir l\u2019ombre s\u2019effacer. Attendre la peinture pour qu\u2019elle devienne peinture. Aussi bien chez le peintre que chez le visiteur, l\u2019attente est une attitude primordiale \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et le peintre dans tout \u00e7a. Vincent Dulom veut \u00ab repousser les limites de la peinture \u00bb. Dit comme \u00e7a, on croirait \u00eatre en face d\u2019un personnage pr\u00e9somptueux, pensant \u00eatre r\u00e9volutionnaire. Or ce n\u2019est pas le cas. Le peintre doute, et \u00e7a se sent, \u00e7a se respire. Le peintre pr\u00e9f\u00e8re l\u2019ombre \u00e0 la lumi\u00e8re. Le peintre, on ne le voit plus, il s\u2019efface jusqu\u2019\u00e0 sa n\u00e9gation, au profit d\u2019une \u0153uvre autonome. Une peinture qui vit, une peinture qui vit encore plus quand on la regarde. Le peintre aime sa peinture, il la laisse vivre, s\u2019envoler. Casser les limites de la peinture, c\u2019est effacer l\u2019auteur, et enlever tout ce qui peut la caract\u00e9riser. La peinture est visible, mais on ne parle ni de composition, ni de cadre, ni du support\u2026 Rien de tout cela ne peut qualifier la sienne. Sa peinture c\u2019est de l\u2019encre pigmentaire sur toile. Point. Le geste est simple, c\u2019est celui d\u2019une imprimante \u00e0 jet d\u2019encre, le peintre retrouvant un geste primitif gr\u00e2ce aux nouveaux outils de l\u2019homme moderne. On notera aussi que le mode d\u2019accrochage est particulier, faisant sens avec le propos. Deux \u00e9pingles et la peinture flotte, la toile, elle, vient se courber sur le mur, comme un linceul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Faire une peinture sans limites \u00e0 l\u2019image de l\u2019infini, impossible \u00e0 d\u00e9finir. \u00bb Une autre dimension est donc palpable, celle du rapport \u00e0 la mort. Attention, il ne s\u2019agit pas d\u2019un travail d\u00e9suet sur la mort, la convoquant ou je ne sais quoi. Formellement la mort n\u2019est pas visible. Et si on ne la sent pas, on ne la per\u00e7oit pas, rien n\u2019est dramatique. Le rapport \u00e0 la mort est autre. Il s\u2019agit de la condition de l\u2019homme vivant, programm\u00e9 \u00e0 la disparition. En cela, le travail du peintre est tragique. Et il ne s\u2019en cache pas. Outre le fait qu\u2019il d\u00e9sire voir dispara\u00eetre la peinture, le peintre \u00e9voque la disparition de son p\u00e8re, de marins marseillais dans une exposition en 2007 \u00e0 la Tangente, o\u00f9 il mettait en place des ex-voto contemporains. La disparition est donc formelle mais aussi symbolique. L\u2019engagement du peintre est r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La disparition, notre disparition. Chacun de nous s\u2019est d\u00e9j\u00e0 retrouv\u00e9 dans un \u00e9tat de flottement voir de panique \u00e0 imaginer sa propre disparition. On se retrouve alors devant l\u2019inconnu, l\u2019infini, l\u2019impalpable. Ce qui caract\u00e9rise aussi la peinture de Vincent Dulom. Regardons les lenticulaires d\u2019ombres, visibles au sous-sol de la galerie. La peinture est en suspension, encore mouvante, sur des petit disques. L\u2019attitude est cette fois diff\u00e9rente, le visiteur se baisse pour mieux contempler le vivant du corps de la peinture, dans un rapport encore tr\u00e8s intime.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 du questionnement m\u00eame de la peinture, Vincent Dulom nous ram\u00e8ne \u00e0 notre propre condition d\u2019homme, et propose une peinture qui se r\u00e9v\u00e8le dans l\u2019ombre, une peinture qui ne demande qu\u2019une chose : du temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Paris, novembre 2008<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Espac\u00e9 d\u2019ombre, 2008, Galerie Nivet-Carzon<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">\u2014<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">St\u00e9phane Lecomte est artiste et critique d\u2019art. Il est diplom\u00e9 d\u2019un Master 2 Arts plastiques de Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par St\u00e9phane Lecomte \u00ab Je ne pratique pas la peinture. Je la d\u00e9sire.\u00bb Vincent Dulom, 2006 Tout d\u2019abord, il y a l\u2019univers, longtemps apr\u00e8s il y a l\u2019homme. Tel ce voyageur contemplant une mer de nuage, je reste muet face \u00e0 la peinture de Vincent Dulom. Je reste devant, et je regarde. 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