{"id":435,"date":"2011-01-29T15:39:00","date_gmt":"2011-01-29T14:39:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/?p=435"},"modified":"2026-06-29T16:00:18","modified_gmt":"2026-06-29T15:00:18","slug":"lombre-perdue-de-la-lumiere-vincent-dulom-a-mouans-sartoux-les-deux-temps-dune-oeuvre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.vincentdulom.com\/editorial\/textes\/435","title":{"rendered":"L\u2019ombre perdue de la lumi\u00e8re Vincent Dulom \u00e0 Mouans-Sartoux : Les deux temps d\u2019une oeuvre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par <em>Agn\u00e8s Birebent<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une tache de couleur flotte, vibre, palpite. Elle est l\u00e0, distante avec son support au point qu\u2019il dispara\u00eet, puis s\u2019en approche \u00e0 nouveau, glisse, ou peut-\u00eatre se meut-elle seulement \u00e0 quelques millim\u00e8tres au-dessus de lui \u2013 comme on marche sur l\u2019eau \u2013 retenue par une force invisible, par d\u00e9sir de fleureter avec des limites devenues inexistantes (elle est organique comme une lenticule, cette plante \u00e0 petites feuilles rondes, flottante ou submerg\u00e9e dans les eaux stagnantes). Sa r\u00e9alit\u00e9 est insaisissable ; on ne sait comment r\u00e9agir face \u00e0 ce mirage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lenticule. Lenteur. Il faut donc se d\u00e9placer pour voir. En bas, lever les yeux, monter les marches, marcher comme on va vers l\u2019autre. Il faut baisser les yeux en haut, pour voir en dessous de soi, pour voir le temps qui nous s\u00e9pare de la premi\u00e8re peinture, devenue invisible d\u00e9j\u00e0. Il faut marcher au-dessus. \u00c9gar\u00e9s dans un labyrinthe, dans un chemin d\u2019anamorphoses, on cherche le fil \u2013 une explication \u00e0 ce tour de marionnettiste \u2013 \u00e0 ce charme. Mais les paradoxes demeurent : la surface est aussi profondeur ; on regarde une ombre et on voit en sortir de la lumi\u00e8re ; quand on&nbsp; regarde la peinture elle dispara\u00eet, quand on ne regarde plus elle appara\u00eet ; la lumi\u00e8re n\u2019en jaillit que quand on fait dos \u00e0 la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019inqui\u00e9tude de l\u2019insaisissable nous arr\u00eate \u2013 nous plonge dans un \u00e9tat de stase1, \u00e0 l\u2019image de la peinture sur son support. Elle est photographique parce qu\u2019elle retient en ellela lumi\u00e8re, mais aussi parce qu\u2019elle ne laisse pas d\u00e9river le regard, parce que \u00abje suis seul devant elle, avec elle. La boucle est ferm\u00e9e, il n\u2019y a pas d\u2019issue. Je souffre, immobile\u00bb2&nbsp;. Soleil noir, elle nous plonge dans un \u00e9tat m\u00e9lancolique (souffle retenu, regard dans le vide) \u2013 somnolent. Faut-il ouvrir\/fermer les yeux, ou au contraire forcer le regard \u00e0 fixer ce qui persiste \u00e0 se mouvoir ? Qu\u2019est-ce qui se meut, du regard ou de la peinture ? Faut-il juste attendre, dans ce temps suspendu \u2013 \u00e9poch\u00e8 \u2013 l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui la r\u00e9v\u00e8lera ? Par l\u2019\u00e9preuve de la contemplation, elle nous entra\u00eene \u00e0 sortir de nous-m\u00eames, de l\u2019ombre, de la stase \u2013 elle nous entra\u00eene \u00e0 l\u2019extase. Si son essence est insaisissable, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de trace, pas de pr\u00e9sence du peintre (qui est l\u2019ombre) : il s\u2019est retir\u00e9 et nous laisse face \u00e0 l\u2019absence. Mais son existence est r\u00e9elle, car on l\u2019\u00e9prouve. Comme la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plong\u00e9s dans la p\u00e9nombre, nos yeux s\u2019accoutument \u00e0 sa lumi\u00e8re. Partant du sol, ils acceptent l\u2019ascension qui les m\u00e8ne au corps infini des cinq lenticulaires&nbsp; \u2013 \u00e0 la lucidit\u00e9. Le d\u00e9placement, c\u2019est ce qui permet de sortir du monde, du quotidien, pour entrer dans un espace en suspens o\u00f9 le monde peut \u00eatre pens\u00e9 \u2013 une parenth\u00e8se, un arr\u00eat. Marcher c\u2019est pouvoir s\u2019arr\u00eater (arr\u00eater le temps) \u2013 prendre le temps de trouver le sens de la marche. C\u2019est se \u00abrendre en peinture\u00bb*. Maintenant on peut marcher \u00e0 nouveau, recommencer le cycle. On peut accepter le paradoxe \u2013 la douleur du changement perp\u00e9tuel \u2013 d\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019infini, dans un corps fini, les limites de la peinture (repousser, en les approchant,&nbsp; ses limites). Qu\u2019elle soit immanence sans limites \u2013 tache de transcendance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le peintre, qui ne veut que \u00ablib\u00e9rer la peinture des limites physiques de son support\u00bb* voit, retenant son geste, soustrayant son ombre \u2013 cherchant seulement \u00e0 faire appara\u00eetre la lumi\u00e8re \u2013 un miracle se produire : c\u2019est la peinture qui dispara\u00eet. S\u2019il y a finalement tant de paradoxes, c\u2019est qu\u2019elle est, en tant qu\u2019\u00abombre perdue de la lumi\u00e8re\u00bb*, le premier paradoxe. Et qu\u2019est-ce qu\u2019un miracle, sinon un paradoxe d\u00e9pass\u00e9 ? Partant du mirage, il aura fallu passer par le sas de l\u2019attention pour pouvoir \u00eatre r\u00e9ceptif au miracle. Concentrer le regard (s\u2019approcher) pour \u00eatre dans la pr\u00e9sence, dans la vie \u2013 et non pas dans sa repr\u00e9sentation. Accepter de sortir un moment du th\u00e9\u00e2tre du monde pour regarder dans les yeux la seule pr\u00e9sence \u2013 la mort, sans consolation \u2013 et faire l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019insaisissable, de l\u2019\u00eatre entrouvert \u2013 libre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1. Stagnation ou ralentissement de la circulation d\u2019un liquide dans l\u2019organisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2. Roland Barthes.&nbsp;<em>La chambre claire, Notes sur la photographie,<\/em>&nbsp;Paris, \u00e9dtions Gallimard, 1980, p.140.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">* Propos recueillis aupr\u00e8s de l\u2019artiste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toulouse, janvier 2011<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Texte pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019exposition &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>Incidents Ma\u00eetris\u00e9s, Espace de l\u2019Art Concret, Mouans-Sartoux, janvier-juin 2011<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Agn\u00e8s Birebent est artiste, performeuse, photographe, traductrice de litt\u00e9rature roumaine et po\u00e8te (prix de la vocation de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet, 2009, laur\u00e9ate pour la po\u00e9sie en r\u00e9gion Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es, 2010), elle participe comme critique d\u2019art \u00e0 la revue \u00ab Multiple \u00bb .<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Agn\u00e8s Birebent Une tache de couleur flotte, vibre, palpite. 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