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Tracer le peu (blog de l’exposition – premier jour) (FR-EN)

Par Clare Mary Puyfoulhoux 

il y aurait une matière

offrir à l’oeil la chance de voir ce qu’il a oublié, que le dessin

n’est pas affaire de point A à l’autre B que la surface qui permet

de garder la trace n’est pas obligatoirement un papier que le

volume, la densité, sont exactement ce qui cruel et manque

vent

le souffle tait, un souffle à peine je me tais

je

n’existe plus dans

le geste a fait, il a cherché à faire,

cela s’est fait

rythme délicat, puissant, de la vie

sentir dans la main la paradoxale légèreté de l’inscription

rappeler à tout que le regard est chemin d’être

que le terme de réception est un leurre 

il y avait donc Vincent Dulom dans l’atelier de Vavin

c’est un homme il épuise

imaginez un homme qui prend une feuille et cherche l’ombre

la couleur l’ombre

le vertige

nous revenons, lui qui fait, nous qui sommes invités à voir, à la

sensation

son orée

il n’y a rien à penser

ce sont les mêmes larmes, tout à fait mêmes, qui montent

mécaniquement

que celles en gorges face à la paroi autrefois gravée ou peinte

ces larmes de savoir que geste d’homme

qu’il y a

nous pensons il y aurait d’un côté l’archéologue qui

retire et cherche, adepte du retour, à l’origine,

la trace du geste

et de l’autre, évidemment, celui qui fait

cela est faux

confrontés au travail de Dulom nous dissolvons les certitudes

puisque toute la pratique consiste

à seulement faire, chargé et malgré,

à souvenir

à tenir le fil qui nous relie

qui n’est pas sens, qui ne raconte pas d’histoires, qui ne fait

pas prouesse 

mais simplement offert

trouvaille partagée

qu’on se rappelle ensemble

l’inespéré du jeu

son absolu sérieux

je.nous.il.on.vous

fondus

mêlés

presque tout à fait mêmes

il faudrait déplier l’espace, chacun d’espace, pas décoder mais

comprendre : il suffirait de laisser tomber

à tout moment

peut tomber

précaire trouée

je me souviens l’horizon

mais chemin faisant

quand tout s’arrête

quand surgit le cinéma en moi

celui qui rappelle, m’arrachant

quel présent

abolissant quand 

Présentation de l’exposition dans le Dossier de presse.
Texte d’ouverture du blog de Clare Mary Puyfoulhoux, au premier jours de l’exposition.(https://tracerlepeu.blogspot.com/2022/02/il-y-aurait-une-matiere-offrir-loeil-la_16.html#more)


Tracer le peu (texte complet – blog au dernier jour de l’exposition)

Par Clare Mary Puyfoulhoux

il y aurait une matière

offrir à l’oeil la chance de voir ce qu’il a oublié, que le dessin n’est pas affaire de point A à l’autre B que la surface qui permet de garder la trace n’est pas obligatoirement un papier que le volume, la densité, sont exactement ce qui cruel et manque

vent

le souffle tait, un souffle à peine je me tais

je

n’existe plus dans

le geste a fait, il a cherché à faire,

cela s’est fait

rythme délicat, puissant, de la vie

sentir dans la main la paradoxale légèreté de l’inscription

rappeler à tout que le regard est chemin d’être

imaginez un homme qui prend une feuille et cherche l’ombre

la couleur l’ombre

le vertige

nous revenons, lui qui fait, nous qui sommes invités à voir, à la sensation

son orée

il n’y a rien à penser

ce sont les mêmes larmes, tout à fait mêmes, qui montent mécaniquement

que celles en gorges face à la paroi autrefois gravée ou peinte

ces larmes de savoir que geste d’homme

qu’il y a

nous pensons il y aurait d’un côté l’archéologue qui retire et cherche, adepte du retour, à l’origine, la trace du geste

et de l’autre, évidemment, celui qui fait

cela est faux

confrontés au travail de Dulom nous dissolvons les certitudes

puisque toute la pratique consiste

à seulement faire, chargé et malgré,

à souvenir

à tenir le fil qui nous relie

qui n’est pas sens, qui ne raconte pas d’histoires, qui ne fait pas prouesse

mais simplement offert

trouvaille partagée

qu’on se rappelle ensemble

l’inespéré du jeu

son absolu sérieux

fondus

mêlés

presque tout à fait mêmes

il faudrait déplier l’espace, chacun d’espace, pas décoder mais

comprendre : il suffirait de laisser tomber

à tout moment

peut tomber

précaire trouée

je me souviens l’horizon

mais chemin faisant

quand tout s’arrête

quand surgit le cinéma en moi

celui qui rappelle, m’arrachant

quel présent

abolissant quand

touche, à peine je

fleure

et la force tient

la station

cela est, habite

debout

cela compose

même miracle que lorsque je

une pince

la mesure très exacte du coin

du point de                   contact

reste un espace là aussi entre

dire touche

cela coupe l’œil

coupe pour moi l’œil

la profondeur de l’œil, son champ

là où se plonge et ce qui dessine

qui se répand qui occupe absolument tout l’espace qu’on lui donne

prend l’horizon pour un donné, le prend vraiment, l’absorbe

n’entend que lui

il aura suffi d’un fil

de faire ligne

d’un hors champ

reprend elle revient puisque les choses sont à présent

avec un sol des murs généralement blancs des baies opacifiées qui séparent une porte vitrée des poteaux cylindriques probablement métalliques et peints en blanc aussi et des fils au métrage si précis qu’il ne peut que rappeler, comme un enfant se trahit, l’écart entre chacun de ses fruits

bruits de rue

l’industrie la technique la machine très précise le métal froid métal les mesures les outils le détail l’infini la maîtrise l’implacable le très fort le très droit le très exactement net

entre chacun de ses fruits, un écart invisible, ils disent à l’œil et qui pourtant crie et qui saute et qui hurle qui gémit qui frémit

ça rigole

D’un urinoir à l’autre d’une règle à l’autre d’un fil ou de n’importe quel fruit, puisque sépare, que l’un à l’autre, qu’infime, la différence – et d’elle sort la main, revient, qu’il y avait une main, un bras, une tête pensant, concevant, surtout voulant cela, la maîtrise, l’illusion du plat, du net, une facture

miroir, le fil me rappelle

il parle fort, vulgaire

l’effort qu’il faut pour être plat

je disais lisse mais j’oubliais, nous oubliions

dans l’espace, il est pour ça, des gens passent

l’histoire commence

un homme plie des fils dans son atelier

un homme

pénombre

dans la ville, même, un homme marche quotidiennement sur l’inégalité pavée d’une cour, ouvre une porte. Des volets, une porte. Sous un escalier de bois : la porte.

Accolée à une façade de bois.

La pièce est sobre, l’homme la pratique sobre. Une cloison pour ranger. L’œil éreinté de penser tandis que la main caresse en plume le plomb, effleure pour faire. Mais fait. Il faut faire. Alors l’homme, son œil: fait faire. Ses assistants ne sont pas les mains qu’on s’imagine mais celles qui, techniques, mécaniques, froides et stupides, peuvent à très peu ce que cinq mille ne feraient pas mais qui restent, pauvres petites, esclaves d’une seule tête. Mains des machines qui pour lui impriment pour lui fondent le fer pour lui moulent et découpent pour lui mesurent en mètres pour lui bêcheuses calibrent, ouvrières, pour lui, expriment

ce que l’homme de la cour cherche avec ses mains est d’abord histoire d’œil

il cherche le seuil du voir

l’endroit du voir

l’effet du voir

comment le voir impossible

impossible

ne s’arrête jamais

n’est pas arrêté

est entre

tout au centre de cet étonnant jeu de sphères formées par l’œil les nerfs l’aura le crâne la cervelle les orbites et l’oreille

expérience intense et précaire

la main de l’homme à l’œil qui pense fort, délicate, Gepetto, donne vie, Pygmalion, insuffle, Frankenstein sans intention, replace en dignité la charge inerte, recharge en poésie tout ce qui, à l’orée du terrible stérile, se pensait calibré

il ne faut pas se leurrer, c’est un geste de réparation pour la matière, ce sont les objets les outils les machines les riens qui se retrouvent magnifiés dans ce travail mais tout vient de la main, de l’œil de la main, de son cœur et

ce sont les mains qui se retrouvent ainsi dignement portées à leur endroit

que cela apparaît, que cela délimite, que cela ouvre

jonction, l’œil est un enfant

véritablement se promène

Paris, 26 mars 2022, blog de « Tracer le peu» 

Clare Mary Puyfoulhoux est diplômée d’un Master Lettres, Arts, Pensée contemporaine à Paris 7. Critique et membre de l’AICA). En 2011, elle fonde la revue Boum!Bang! avec Guiro Romero Pierini et Jérôme Lévy afin d’y confronter écritures et pratiques plastiques dans un temps non assujetti aux urgences du marché. En 2017, elle rejoint le comité critique de Possible, revue fondée par Julien Verhaeghe. Exploratoire, sa pratique s’appuie sur des (en)jeux formels : comment créer des interstices pour que naissent espaces, peaux, parois ? Jusqu’où servir une pratique ? Que faire de cette langue-outil qui fait souvent obstacle, comment l’apprivoiser? La critique d’art, enfin, entendue comme pré-texte à un geste dont l’autre est le mystère.



Tracer le peu


By Clare Mary Puyfoulhoux 

The bare line

And I would want to feed the eye with forgotten lines, freed of A and B. Traces are not assigned to paper. Volume, texture are precisely the pain and loss

silent blow, you breathed me silent

I

do not exist in

the sign 

it happened

powerfull, so delicate rythm 

life

it is in the hand I felt the paradoxical lightness of inscription

figure a man: he holds a paper, anxiously shadows

 he is in the process of doing, we see 

senses

the tears are same, completely same, mechanically gathering

filling the throat face to the painted or engraved wall

there is

we tend to think there is on the one hand an archeologist removing layers, seeking, devoted to the origins, seeking for a sign

and on the other, obviously, s·he who does

untrue

Vincent Dulom’s work is a dissolution of certainties

the whole gesture consists

in only doing, despite,

remembering

holding tight the thread that links us all

that is no direction, no story, achieving nothing

a gift

a shared finding

and we remember, together

the unforseen game

so serious

everything mingles, is,

just almost the same

space should be unfolded, each space, forget decoding

whatever drops: listen

anytime

falls

no hole for sure

I remember the distance

along the way

when it all stops

when moving pictures appear, cast inside of me

reminding me, tearing away

whatever now

abolishing when

touch, slightly I

flare

fortitude

I hold

it is, lives

standing

composes

the same miracle when I

and clip

the very precise angle of the corner

where starts

still is a gap there between

say touch

when it cuts the eye

for me the eye open

the depth of the eye, its scope

where dives, and draws

spreading eye, filling all available space, all

horizons are granted, seize, really absorbed

only listens to hismelf

a thread alone

to draw a line

beyond

resume – since, and when, things are now

with a floor and walls that are generally white, opaque windows that separate a glass door from cylindrical posts that are probably metal and also painted white, and wires that are so precise that they can only remind us, as a child betrays himself, of the distance between each of his fruits

I hear the street

factories measure machines are precise metal is cold, cold are the measures the tools the detail; endless is the power the master the strong so strong and straight a fine a line, and ever so precise

between each of its fruits, an invisible gap, they say to the eye as if an eye couldn’t yell and jump and scream – quivers

laughter

 From one urinal to another, from a ruler to another, from a thread to any fruit, that separates, to another, minute, the difference – and from it comes out the hand, comes back, there was a hand, an arm, a head thinking, conceiving, above all wanting that, the mastery, the illusion of the flat, of the net, a trend

mirror, the thread recalls

loud, vulgar

what it takes to be flat

I said but I forgot, we do forget

in space, he is destined and people pass

the story starts

a man folds metal threads in his studio

a man

the set is dark

In the city too a man, and he walks daily on the paved unevenness of a yard, opens a door. Shutters, a door. Under a wooden staircase: the door.

Adjacent to a wooden facade. 

The room is sober, the man keeps it sober. A partition to tidy up. The eye is weary of thinking while the hand featheringly caresses the lead, bearly brushes to make. But does. It must be done. So the man, his eye: does. His assistants are not the hands one imagines, but those which, technical, mechanical, cold and stupid, can do with very little what five thousand could not, but which remain, poor little ones, slaves to a single head. Hands of the machines which for him print for him melt iron for him mould and cut for him measure in metres for him spade, calibrate, workers, for him express

what the man of the court seeks with his hands is primarily a matter of the eye

he is in search of the threshold 

the place of seeing

effect

how impossible to see

impossible

will never stop

not stoppable

between

in the centre of this astonishing set of spheres formed by the eye, the nerves, the aura, the skull, the brain, the eye orbits and the ear

intense, fragile experience

 the hand of the man with the strong, delicate eye, Gepetto, gives life, Pygmalion, breathes, Frankenstein without intention, restores dignity to the inert mass, recharges in poetry all that which, on the edge of dreadful barrenness, thought itself calibrated

don’t fool yourself, it’s a gesture of repair for the matter, it’s the objects, the tools, the machines, the nothings that are magnified in this work, but everything comes from the hand, from the eye of the hand, from its heart and 

these are the hands that are brought to their rightful place in a dignified way

that it occurs, that it defines, that it breaks

junction, the eye is but a child

truely wandering

Clare Mary Puyfoulhoux is an art critic, AICA  France member and curator.

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