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Vincent Dulom / Entre tant

Par Ludovic Delalande

Vincent Dulom explore les possibilités du medium pictural à travers une pratique minimale. Sa méthode, simple et rigoureuse, s’appuie sur un langage formel aux procédés novateurs qui réinvente les outils traditionnels du peintre, troquant le pinceau pour l’imprimante. Au plafond, au mur ou au sol, épinglées, tendues ou posées, ses peintures de dimensions variées procèdent systématiquement du lieu dans lequel elles s’inscrivent, l’artiste prenant préalablement en compte le contexte, l’historique et les données architecturales afin que l’œuvre soit le plus signifiante possible dans son rapport à l’espace. Imprimées sur une surface blanche immaculée, papiers ou toiles de formats standards – une façon d’évacuer la question du choix- ses œuvres se caractérisent par une grande économie de moyens. Aucun sujet ni composition mais un motif élémentaire ou plutôt un ‘’non motif’’, chaque fois identique, à savoir une masse circulaire et colorée dont la teinte, son intensité et son diamètre sont précisément définis, ne laissant aucune chance au hasard ou à l’indétermination. Sans artifice ni affect, la peinture se réduit à l’essentiel, couleur et forme fusionnant à se confondre pour opérer un dialogue profond et au plus juste avec le spectateur et le lieu de leur apparition. 

Emblématique de l’œuvre de Vincent Dulom, Entre tant est un ensemble de six peintures de petits formats identiques et de couleurs distinctes, du rouge sang au jaune incandescent en passant par différentes nuances de bleus, soit des teintes symboliquement choisies et inspirées de la palette du maître italien du Quattrocento, Fra Angelico. Reposant sur de fines et souples tiges métalliques, ces peintures, légèrement détachées du mur -fait suffisamment rare pour le mentionner- semblent littéralement flotter, comme en lévitation. La peinture s’affranchit de son support bidimensionnel pour devenir un objet que l’on est tenté d’appréhender comme une sculpture. Disposées de part et d’autre de la nef, elles ponctuent l’espace et impulsent, à la manière d’un chemin de croix revisité, une déambulation dans la contemplation et le recueillement. Ces halos aux contours flous et instables apparaissent et disparaissent aussi soudainement, se dérobant continuellement au regard. Malléable et sensible, la surface picturale devient un organisme vivant dont l’intensité toujours changeante et sans cesse mouvante est soumise aux variations cycliques de la lumière naturelle émanant de plusieurs sources. Dans l’architecture sobre et presque dépouillée de cette chapelle de la fin du 15ème siècle, les peintures de Vincent Dulom imposent leur mystérieuse présence et imprègnent, entre ombre et clarté, le spectateur de leurs intenses vibrations. 

Paris, avril 2018

Notice de l’exposition,  L’art dans les chapelles 2018

Ludovic Delalande est commissaire associé à la Fondation Louis Vuitton.

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