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Premier regard sur l’espace

par Stéphane Carrayrou

Premier regard sur l’espace

des plaques d’acier disséminées au sol, mises en relation avec des structures filiformes, 

à la limite de la visibilité

à la limite de la stabilité

à la limite de la consistance.

Aucun arrêt à la libre circulation de notre regard,

aucun arrêt à notre déambulation physique autour d’elles,

sinon l’attention, la vigilance qui nous requiert.

Et pourtant aucune traversée physique,

aucun franchissement ne sont possibles.

Imperceptiblement, ces dessins en fil d’acier plient l’espace.

Ils sont à peine là. Ils ne fixent rien.

C’est comme si l’espace se donnait à voir lui-même par leur entremise.

La présence de ces tracés ne se donne que quand on s’en approche.

Notamment pour les plus fins, leur visibilité semble prête à chaque instant à rejoindre l’invisibilité.

Ils se donnent dans leur retrait même.

Ils s’édifient sur la base d’un imminent effondrement.

Ne tenant que contact -une pression très ténue des doigts- une seul geste peut les défaire,

ramenant en un instant la forme à l’informe.

Au centre de ce théâtre de l’espace,

la paisible oscillation d’une fine tige de métal dans l’air,

un «souffle».

Me reviennent en mmoire ces vers de Milarepa * :

«La vacuité se lève à l’esprit de la vue. (…)Lorsque c’en est fini de celui qui regarde

et de celui qui est regardé surgit la réalisation de la vue». 

Paris, le 15 février 2022 

Après la visite de l’exposition «Tracer le peu», Paris, L’ahah #Moret, 21 01 – 26 03. 2022.

* Milarepa, ermite et poète tibétain, 

1040-1123, Les cent mille chants, trduits par Marie-Josée Lamothe, Paris, Fayard, 1956, réédité en 2006, p. 255.

Stéphane Carrayrou est critique d’art, concepteur d’expositions indépendant, professeur d’histoire et théorie des arts à l’ESADHaR, Ecole supérieure d’art et de design Rouen-Le Havre, site de Rouen.

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