Par Jeanne Mathas
Dans l’atelier de Vincent Dulom, j’ai aperçu des bouts de ciel, des morceaux d’espace, le bleu de Fra Angelico. Dans la lumière du matin, seule face à l’œuvre, j’ai revécu l’expérience d’un film vu il y a longtemps maintenant.
Plongée dans la pénombre et le silence, regardant le soleil se lever sur les fresques du couvent San Marco. Un silence qui s’étire et s’enroule, entraînant avec lui l’éloquence des plus grands discours. L’œuvre respire. Un souffle léger, mais persistant. Les minutes s’égrènent doucement, et dans mon corps j’appréhende cette toile. Je m’en rapproche et m’en éloigne. À droite, à gauche. Je l’observe d’en bas, je me hisse sur la pointe des pieds. La peinture se fait expérience. Intérieure.
Didi-Huberman écrivait dans « l’étoilement » — le tableau comme choc, […] le tableau comme champ ». Chez Vincent, la toile, gestante, nous offre l’espace. Tantôt icône, tantôt paysage, sa profondeur nous rappelle au corps de la peinture. À ses jeux d’ombres et de lumières, apparition-disparition.
Car la peinture de Vincent est profondément intime. Mouvante, aussi. On y plonge, elle nous rejette comme elle nous accueille. Elle se donne comme elle s’efface.
Dans l’atelier, elle respire.
Instagram Jeanne Raconte, Paris, 6 février 2024
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Jeanne Mathas est commissaire d’exposition, journaliste, critique d’art (membre de l’AICA) et chercheuse indépendante. Historienne de l’art spécialisée en Art du XXe siècle et Art contemporain, c’est la fondatrice de State-of-the-Art : une structure dédiée à la diffusion de l’art contemporain par l’écriture et le commissariat. Elles écrit régulièrement pour Art Press.