Par Maud de la Forterie
Délicates et contemplatives, les oeuvres de Vincent Dulom (France, 1965) invitent le regard à une expérience physique et méditative où la notion de perception, loin de se limiter aux méandres restreints de la seule observation, se prolonge et se propage dans le fertile creuset des sensations. Sur toile ou papier, des formes sphériques et colorées naissent et s’accordent au vibrato d’ombres pulsées, happant l’oeil dans le domaine du vertigineux où la peinture, toute empreinte de fluidité, se met en mouvement et semble alors véritablement flotter, osciller, respirer. Elle s’incarne dans un halo lumineux, di!us et coloré, qui s’ouvre sur une étendue ouverte, insaisissable, illimitée, tant sa continuation paraît supplanter sa possible extinction en dehors du support. La partition paradigmatique traditionnellement établie entre l’ombre et la lumière se retrouve comme abolie, si bien que leur mutuelle entente s’épanouit dans des variations infinies au sein d’une surface qui se densifie et s’illumine par endroits avant de disparaître dans un dernier évanouissement. Les forces à l’oeuvre affirment ainsi leur interdépendance et leur nécessaire recours : l’incandescence précède l’évanescence, l’apparition s’intensifie dans la dissipation tandis que l’éblouissement ffleure de près l’aveuglement.
Vincent Dulom se méfie ainsi des vérités figées, des idées préconçues, des préjugés vite avancés et ses oeuvres semblent alors mues par des énergies non pas contradictoires mais bel et bien scellées dans leur polarité. C’est ensemble que ces dernières cohabitent et se répondent sans pour autant jamais se confondre : plongées dans un état gazeux et éthéré défiant le sentiment de gravité, les surfaces ne sont ici marquées par aucun point d’intensité et entretiennent avec les éléments qui les animent un rapport de parfait équilibre. Car si les oeuvres affirment de prime abord leur présence physique, quasi-objectale, c’est pour ensuite entraîner le regard dans un autre espace, un autre instant, un autre temps, plus vaste cette fois-ci. L’intangible se manifeste alors dans tout le champ sensible d’une matérialité mouvante et sublimée, détachée de tout sentiment d’immédiateté.
Renonçant à la composition, Vincent Dulom laisse en effet libre cours au pouvoir de fascination de l’abstraction, lequel prend corps dans la distance et dans la retenue, dans un retrait du geste empreint de respect humble à l’égard de son médium. Ses oeuvres sont ainsi produites par un dépôt de pigments, unique et régulier, opéré au moyen mécanisé d’une imprimante. Leur poudroiement serré féconde ainsi des contrées lisses aux contours estompés, lesquelles laissent la possibilité aux formes circulaires de rayonner tandis que leurs qualités solaires, si ce n’est atmosphériques, irradient l’espace au sein duquel elles prennent place. Sans limites, la peinture s’énonce alors comme une épiphanie dont le fragile suspens ramasse en lui sa propre apparition tout comme son effacement.
artpress, n°518, Février 2024, p. 79.
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Maud de la Forterie est autrice et critique d’art. Elle écrit régulièrement pour Artpress, L’Œil, Transfuge, Artnewspaper… Elle a soutenu, à la Sorbonne, sa Thèse de doctorat sur le travail photographique de Bill Brandt.
Dulom. Du temps à l’autre
By Maud de la Forterie
Delicate and contemplative, the works of Vincent Dulom (France, b. 1965) involve the gaze in a physical and meditative experience in which the notion of perception, far from being limited to the restricted meanders of observation alone, extends and propagates in the fertile crucible of sensations. On canvas or paper, spherical, coloured forms are born and attuned to the vibrato of pulsating shadows, drawing the eye into the vertiginous realm in which the painting, imbued with fluidity, is set in motion and truly seems to float, oscillate and breathe. It is embodied in a luminous halo, diffuse and colourful, opening onto an elusive, unlimited expanse, its continuation seemingly supplanting its possible extinction outside of the substrate. The paradigmatic partition traditionally established between light and shadow is abolished, so that their mutual understanding blossoms into infinite
variations within a surface that becomes denser and brighter in places before disappearing in a final blackout. The forces at work assert their interdependence and their necessary recourse: incan poudroiedescence
precedes evanescence, appearance intensifies in dissipation, while dazzlement comes close to blindness.
Vincent Dulom is wary of fixed truths, preconceived ideas and hasty prejudices, and his works seem to be driven by energies that
are not contradictory, but positively sealed in their polarity. Together they coexist and respond to each other without ever blending
together: plunged into a gaseous, ethereal state that defies the sense of gravity, the surfaces here are not marked by any point of intensity and maintain a relationship of perfect equity with the elements that animate them. If the works initially assert their physical, almost object-like presence, it is only todraw the viewer into another space, another moment, another, vaster time. The intangible then manifests itself throughout the sensitive field of a moving and sublimated
materiality, detached from any sense of immediacy.
Renouncing composition, Vincent Dulom gives free rein to the fascinating power of abstraction, which takes shape in distance and restraint, in a withdrawal of the gesture
imbued with a humble respect for his medium. His works are produced by a single, regular deposit of pigments, applied using a printer. Their tightly-packed powdering fertilises smooth lands with blurred contours, allowing the circular forms to glow, while their solar, not to say atmospheric qualities radiate through the space they find themselves in. Without limits, the painting becomes an epiphany whose fragile suspense
embraces its own appearance as well as its erasure.
artpress, n°518, February 2024, p. 79
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Maud de la Forterie is an author and art critic. She writes regularly for Artpress, L’Œil, Transfuge, Artnewspaper, etc. She defended her doctoral thesis on the photographic work of Bill Brandt at the Sorbonne.