Par Sophie Coiffier
Le titre de l’exposition de Vincent Dulom est à lui seul la preuve de l’importance de la « juste distance » dans son œuvre. Ce peintre travaille depuis plusieurs années déjà des impressions numériques sur papier, présentant des halos d’ombres plus ou moins colorées de forme sphérique dont la particularité est d’évoluer sous le regard du spectateur.
En effet, l’ombre change de couleur si on la fixe un certain temps, elle peut même aller jusqu’à disparaître, mais presque toujours se produit à son pourtour une aura de lumière.La juste distance, c’est déjà celle du spectateur vis-à-vis des œuvres dans la galerie, où suivant les formats, l’expérience du regard ne se fait pas au même niveau, ni au même endroit.
Ainsi, à la galerie Nivet Carzon plusieurs expériences nous sont proposées :
Nous accueille en face à face un format enveloppant, sorte de suaire sur papier, simplement retenu au mur par 2 clous où une ombre légèrement rosée décollée du mur nous enveloppe d’une sereine mélancolie. Aux pieds de ce travail 3 céramiques en forme d’assiettes arrivent comme une ponctuation en retrait. En retrait du regard puisque cachées de l’entrée de la galerie, en retrait les ombres qui demeurent enfermées comme de discrètes reliques à même le sol. Le mur de gauche joue l’écho avec 3 œuvres sur papier de taille plus modeste, aux rouges affirmés qui ne s’offriraient que comme l’image de l’expérience précédente.
Au sous-sol, un autre suaire plus sombre roule ses pans de papier au mur. Et 3 sphères d’ombres respirent, suspendues au-dessus de disques blancs. C’est alors que l’expérience proposée par l’artiste prend toute sa mesure puisque l’œil bercé par la demi-pénombre s’acharne à révéler la lumière contenue dans les peintures.
La peinture de Vincent Dulom serait-elle une peinture d’évocation ? Pour une part, sans doute, mais ce serait lui prêter un caractère magique qui est contredit par le traitement numérique et technique de l’œuvre. Et ce qui est révélé ne l’est pas seulement à l’esprit mais surtout et davantage au corps, et depuis le corps.
Ce travail, qui part du reproductible, est une démarche de restauration de l’aura de l’œuvre, mais pas de sa toute-puissance. Ces icônes contemporaines ne se dévoilent que par la présence du regardeur. Au-delà de l’idée d’une cosmogonie spirituelle (envisagée aussi par l’idée du suaire et des triptyques), c’est aussi une définition de la juste mesure de l’homme que construit ce travail, à travers de fugitives apparitions de lumière depuis l’ombre, effleurant en apparence la surface de supports eux-mêmes fragiles.
Paris, novembre 2008
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Sophie Coiffier est artiste et écrivaine.
Elle enseigne l’Esthétique et l’Histoire de l’Art contemporain à l’École Nationale
Supérieure de Création Industrielle (Paris).